Transparence : et la science ? Nos concitoyens et concitoyennes ont droit à l'intégrité scientifique

Transparence : et la science ? Nos concitoyens et concitoyennes ont droit à l'intégrité scientifique

Chapeau : La confiance du public en la science a pu être ébranlée lors de la pandémie actuelle, mais le mal est ancien et profond : les grandes déclarations ne suffisent plus. Seule la loi peut désormais garantir à nos compatriotes le respect de règles d'intégrité scientifique indiscutables.

La crise sanitaire actuelle a mis le sujet de l'intégrité scientifique au coeur de l'actualité. La cacophonie des prises de position de scientifiques et médecins dans les médias, la mise en avant d'articles scientifiques de qualité douteuse ou la rétractation d'articles publiés dans des revues prestigieuses ont fait s’interroger le public sur la validité du travail de l’ensemble des chercheurs et chercheuses. Or pour que la société bénéficie des avancées scientifiques, nos compatriotes ont besoin de confiance en la recherche et les responsables politiques de résultats fiables pour guider leur action.

Un malentendu s'est installé, qui reflète une méconnaissance de la manière dont la recherche progresse. Croyant peut-être nourrir le débat, les médias ont donné la parole à des tenants de positions contradictoires, sans préciser si elles reflétaient le consensus scientifique ou étaient celles d’une petite minorité. Le débat contradictoire ne décrédibilise pas la science, bien au contraire, mais le consensus scientifique n'est jamais la recherche du juste milieu. Il n'est pas un compromis entre les positions des uns et des autres : il est fondé  sur l’analyse des données et fait abstraction des idéologies et des opinions personnelles. La méthode scientifique passe l’intuition au filtre rigoureux de méthodologies explicitées, validées et contrôlées par les pairs. Loin d’être une lourdeur bureaucratique ou un carcan intellectuel, elle est garante de la fiabilité des avancées de la science.

Comment en est-on arrivé à une telle confusion ? Une des raisons est la multiplication des publications scientifiques dont la qualité, bien sûr variable, se mesure par des critères méconnus du public. La communauté scientifique dénonce depuis longtemps le fait que les financements et carrières des personnels de recherche sont basés sur une compétition individuelle et une course effrénée à la publication, parfois au détriment de la qualité des articles et de la construction collective du savoir. La Loi de Programmation de la Recherche actuellement en discussion au parlement ne rompt hélas pas avec cette philosophie. Couplé à un contrôle insuffisant de l'intégrité scientifique, ce phénomène a engendré des dérives dans toutes les disciplines : données inventées, modifiées ou passées sous silence, plagiat, graphiques trompeurs, auteurs de complaisance, publication dans des revues scientifiques douteuses ou conflits d’intérêt passés sous silence. Si les fraudes volontaires restent très rares, des pratiques critiquables se sont suffisamment développées pour mettre en péril l’édifice de la connaissance. Pourtant la confiance repose d’abord sur un fondement simple : données transparentes, analyses reproductibles, résultats fiables.

La cacophonie scientifique qui a déconcerté nos compatriotes n’a donc pas surpris la communauté scientifique. Elle se reproduira si un cadre légal n’est pas imposé. En effet, les grandes déclarations internationales ou la charte française de déontologie des métiers de la recherche de 2015 n’ont pas suffi à freiner les méconduites scientifiques. Il faut investir davantage dans la formation aux bonnes pratiques, mieux reconnaître la valeur de celles et ceux qui prennent le temps de produire une science de qualité et imposer un contrôle effectif et indépendant de l'intégrité scientifique ayant des conséquences concrètes sur les financements et les carrières des chercheurs.

Pour cela, les sociétés savantes signataires de cette tribune demandent urgemment la définition dans la loi d’un ensemble de règles - et de moyens pour les mettre en oeuvre - garantissant l’honnêteté et la rigueur scientifique du travail effectué dans les laboratoires de recherche publics et de sa diffusion. Le rapport Corvol sur la mise en œuvre de la charte nationale d’intégrité scientifique fournit une base largement acceptée pour l’établissement de ces règles et a déjà conduit à la création de l’Office Français de l’Intégrité Scientifique (OFIS).

La Loi de Programmation de la Recherche est une occasion unique de faire enfin progresser les pratiques. Le texte de loi amendé puis adopté en première lecture à l’Assemblée Nationale instaure que la garantie de l’intégrité scientifique est un des cinq objectifs de la politique nationale de recherche. Il inscrit une définition de l’intégrité scientifique dans le code de la recherche. Enfin, il donne mission de promouvoir l’intégrité scientifique au Haut Conseil à l’Évaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur (Hcéres), qui héberge l’OFIS.

Ces avancées doivent absolument être préservées et renforcées. La loi doit citer explicitement la promotion de l’intégrité scientifique dans les missions des établissements publics de recherche et d’enseignement supérieur. Surtout, elle doit donner à l’OFIS l’indépendance d’action et d’expression, les moyens financiers et les prérogatives nécessaires à l’accomplissement de ses missions. Il faut pour cela garantir la libre publication de ses avis au sein du Hcéres, le doter d’un pouvoir d’évocation lui permettant d’instruire tout dossier relatif à l’intégrité scientifique. Il faut enfin qu’il puisse saisir la justice et demander aux tutelles de prendre des sanctions universitaires et professionnelles en cas de méconduite.

Ces mesures sont essentielles pour que citoyennes et citoyens, journalistes et responsables politiques puissent mieux identifier les travaux de recherche suffisamment rigoureux et aboutis pour pouvoir guider l’action publique. Il en va de la crédibilité de la recherche publique française et de la confiance que le public lui accordera. Il en va aussi de l'éducation de nos enfants à l'esprit critique, aux sciences et à la santé, pour qu'ils soient mieux armés pour préparer l’avenir.

 

 

 

 

Liste des responsables de sociétés savantes signataires au 7 octobre 14:00: 

 

Dr. Bacchetta Justine, Coordinatrice, Comité d'Interface INSERM Pédiatrie

Dr. Baron Marie, Présidente, Association des Jeunes Médecins Urgentistes

Dr. Bay Jacques-Olivier, Président, Société Francophone de Greffe de Moelle et de Thérapie Cellulaire

Dr. Benyamina Amine, Président, Fédération Française d'Addictologie

Dr. Blum Alain, Président, Société d'Imagerie Musculo-Squelettique

Dr. Breysse Justin, Président, Intersyndicale Nationale des Internes

Dr. Buée Luc, Président, Société des Neurosciences 

Dr. Constantin Jean-michel, Secrétaire général, Société Française d'Anesthésie-Réanimation

Dr. De Vos John, Secrétaire général, Collège des Histologistes, Embryologistes et Cytogénéticiens

Dr. Debureaux Pierre-Edouard, Président, Association des Internes en Hématologie

Dr. Didier Alain, Président, Société Française d'Allergologie 

Dr. Dodinet Elisabeth, Présidente, Société botanique de France

Dr. Durand Fabien, Président, Société Mathématique de France

Dr. Frey Alain, Président, Société Française De Traumatologie Du Sport

Dr. Gangneux Jean-Pierre, Président, Société Française de Mycologie Médicale

Dr. German-Retana Sylvie, Présidente, Société Française de Phytopathologie

Dr. Gnansia Elisabeth, Présidente, Société Francophone de Santé et Environnement

Dr. Grandbastien Bruno, Président, Société Française d'Hygiène Hospitalière

Dr. Guémann Matthieu, Président, Société Française de Physiothérapie

Dr. Helmlinger Dominique, Administrateur, Société Française de Génétique

Dr. Joseph-delaffon Kristen, Président, Association des Juniors de Pédiatrie

Dr. Julien  Marie-Pierre, Présidente, Association Française d'Ethnologie et d'Anthropologie

Dr. Langlais Catherine, Présidente, Société Française de Physique 

Dr. Launay Elise, Présidente, Groupe de Pédiatrie Générale sociale et environnementale

Dr. le Blanc Antoine, Président, Comité National Français de Géographie

Dr. Leite Ferreira Dimitri, Secrétaire général, Association des Jeunes Pneumologues

Dr. Lemaire Patrick, Président, Société Française de Biologie du Développement

Dr. LINA Gérard, Président, Société Française de Microbiologie

Dr. Loirand Gildas, Président, Société de Sociologie du Sport de Langue Française

Dr. Lumineau Sophie, Présidente, Société Française pour l'Etude du Comportement Animal

Dr. Marin Jean-Michel, Président, Société Française de Statistique

Dr. Massin Nathalie, Présidente, Société de Médecine de la Reproduction 

Dr. Montes Matthieu, President, Société Française de Chemoinformatique

Dr. Mounier Rémi, Vice-Président, Société Française de Myologie

Dr. Naassila Mickael, Président, Société Française d'Alcoologie

Dr. Naoun Natacha, Présidente, Association pour l'Enseignement et la Recherche des Internes en Oncologie

Dr. Nisand Israël, Président, Collège National des Gynécologues & Obstétriciens Français

Dr. Paasche Agnès, Présidente, Association Française des Jeunes Chirurgiens Maxillo-Faciaux

Dr. Paradinas Pierre, Président, Société informatique de France

Dr. Peiffer-Smadja Nathan, Coordinateur, Réseau des Jeunes Infectiologues Français

Dr. Pugliese Pascal, Président, Société Française de Lutte contre le Sida

Dr. Renard Vincent, Président, Collège National des Généralistes Enseignants 

Dr. Rodrigues Manuel, Président, Société Française du Cancer

Dr. Salamon Roger, Trésorier, Association des épidémiologistes de langue Française

Dr. Sapin Vincent, Président, Société Française de Biologie Clinique

Dr. Sellam Sarah, Présidente, Association des Jeunes Anesthésistes Réanimateurs France 

Dr. Tattevin Pierre, Président, Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française

Dr. Tordo Noel, Président, Societe Francaise de Virologie

Dr. Tsimaratos Michel, Président, Société de Néphrologie Pédiatrique

Dr. Vénien-Bryan Catherine, Présidente, Société Française des Microscopies

Dr. Verhoeyen Els, Présidente, Société Française de la Thérapie Cellulaire et Génique